L’atelier d’écriture à l’heure du logo-rallye

Posté par le Avr 12, 2016 dans L'atelier d'écriture | 0 commentaire

Un logo-rallye, kossa sa?

Tout simplement un petit jeu littéraire, imaginé par Raymond Queneau, qui consiste à raconter une histoire en utilisant obligatoirement (et normalement dans un ordre précis) des mots d’une liste établie à l’avance.

Les participants à l’atelier d’écriture se sont prêtés à l’exercice avec pour seule contrainte d’utiliser tous les mots de la liste.

Premier logo-rallye proposé:

lave-mains/ raté(e)/ dromadaire/ rapière/ cabaret/ être/ patience

Voici deux textes écrits pour relever ce défi:

Il était sorti de la pièce pour aller se rafraîchir aux toilettes. Là, il ouvrit le lave-mains et laissa l’eau couler. Il commença à se dire que s’il n’était pas là, à l’intérieur de ce cabaret, il se retrouverait sûrement auprès des siens en Orient.

Il serait sûrement sur le dos d’un dromadaire, auprès de sa mère le protégeant avec une rapière. Peut-être qu’il serait en train d’acquérir la patience que sa grand-mère lui reprochait de ne pas avoir s’il ne ratait pas ses prières…

Les toilettes débordaient d’eau, alors il reprit ses esprits, lava ses mains et retourna dans la salle suivant le cours de sa vie.

(Voiranah)

Lolita était un dromadaire de douze ans maintenant qui avait longtemps travaillé pour le cirque Zavatta. Son maître, Raimondo, lui faisait exécuter une multitude de tours comme se mettre debout sur les pattes arrière ou encore enjamber sans les casser des cascades de verres. Raimondo portait une fine moustache comme signe distinctif ainsi qu’une rapière à la ceinture qu’il avait déniché dans la malle que son grand-père lui avait léguée pour tout héritage. Lolita avait appris la patience avec lui, car il fallait répéter et répéter sans cesse ces numéros. Elle ne voulait pas que son dompteur la considère comme une ratée. Elle ne supportait pas qu’il pût un jour l’abandonner, la laisser seule au cirque pour rejoindre le cabaret du grand Manitou, célèbre magicien de son état. Elle savait en effet qu’il rêvait de pouvoir monter un jour sur cette scène pour faire apparaître et disparaître lapins et autres colombes. Il jalousait Lolita vers qui tous les regards étaient tournés quand elle sautillait sur la piste. Elle le regardait souvent, sans être trop curieuse non plus, boire au lave-mains après le spectacle pour essayer de sonder son âme et voir s’il avait pour elle un peu d’affection. Mais elle était décidément trop grosse, elle le savait, Raimondo n’arriverait jamais à la faire disparaître.

Deuxième logo-rallye

Mots imposés: café – pamplemousse – bicoque – biberon – musique – débarcadère

Nous passions près du débarcadère de la ville pour rentrer dans notre bicoque. Ce soir-là, il faisait frais. La douceur de la nuit s’accompagnait d’une douce musique, un air enfantin qui berçait le nouveau né. Arrivé à la bicoque, Allan passa près du panier de pamplemousse qui se trouvait sur la table du salon pour allumer la cheminée. Il se saisit de son merveilleux rôle de père, prépara le biberon de notre jeune Marie, puis une douce odeur de café se leva. Je savais qu’il était heureux, et, moi, j’étais bien ce soir d’hiver. (Nadjila)

C’est fou comme les gens sont compliqués. Enfin, bon, c’est vrai qu’ils nous aident à la fois tous ces mots… j’en peux plus… D’ailleurs, pourquoi avoir appelé « pamplemousse », « pamplemousse »; on aurait très bien pu l’appeler « pamplesavon », « pamplebulle »… Je comprends plus… Hier encore, Monsieur Latouche, comme d’habitude, me disputait à cause du mot « débarcadère » ou je ne sais plus trop quoi. Eh ! Mais soyons sérieux, qu’est-ce que ça peut me faire que cela s’appelle « débarquamère » ou « débarquapère »? L’essentiel, c’est que j’aie compris. J’en ai vraiment marre. Oh, là, là, non. Je préfère dormir, et vivre dans ma petite bicoque, écouter de la musique, me réveiller tous les matins, un petit déjeuner sans oublier mon incontournable trésor, c’est-à-dire, le café. Et voir ma vie comme je veux. C’est bon, j’ai pas besoin de mots pour vivre; mes écouteurs, mon téléphone, ma nourriture et mon vieux lit me suffisent. Chuis pas un bébé non plus, c’est passé l’époque du biberon et du pouce. Maintenant j’ai grandis, alors maman, s’il te plaît, maintenant que t’as compris comment je fonctionne, laisse-moi dormir. C’est pas tous les jours que tu as droit à une dissertation sur la vie de ma part. Et puis j’en ai marre d’ailleurs. J’en ai marre d’en avoir marre. Tchao ! (Laïni)